16/01/2022 Pascal Bueno

Le 06/07/2022

Flag fr

 

Chers tous,

notre ami Pascal Bueno nous a quitté le 5 janvier dernier.

En souvenir de lui et en hommage à sa passion du sport auto, voici un article de Jacques Furet jadis publié dans Echappement Classic et qui fut lu par Régis Prévost lors des funérailles célébrées le 11 janvier à Lédenon.

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La tête dans les étoiles.

par Jacques Furet

Tour à tour pilote de Formule Renault, gestionnaire d’une école de pilotage sur le circuit de Lédenon, créateur du team Pamyr, formateur auprès d’étudiants en mécanique, patron de Sirius Compétition…, Pascal Bueno n’a jamais été en mal d’idées pour couler des jours heureux sur les circuits. Il les fréquente immodérément depuis plus de trois décennies, sans jamais se départir de sa bonne humeur, de son calme olympien et de cette drôle de salopette, qu’il ne quitte qu’à regret quand il lui faut revêtir une tenue plus conforme à l’image actuelle d’un responsable d’équipe de course.

La sienne se nomme Sirius Compétition, du nom d’une lointaine et brillante étoile. « Quand nous avons créé le team en 1997, il fallait démarrer très vite. Mon épouse trouvait que ce nom sonnait bien, mais ne me demandez surtout pas pourquoi… », en souri Pascal Bueno, dont l’activité se poursuit aujourd’hui à un jet de pierre du circuit de Lédenon. Une piste qui constitue en quelque sorte le fil rouge de son histoire d’amour avec la course automobile.

Et pourtant, c’est sous le ciel moins ensoleillé de la Haute Normandie que le coup de foudre eut lieu… « Gamin, nous habitions au Petit Quevilly, dans une maison qui donnait sur la cour du garage du frère de Jean Rédélé, où travaillait mon père. A deux pas du circuit des Essarts, l’équipe Lotus y avait ses habitudes. A 6/7 ans, Je voyais ainsi débarquer des célébrités comme Colin Chapman et Jim Clark et je restais des heures en admiration devant leurs autos. Ils pouvaient arriver à trois heures du matin, il n’était plus question pour moi de dormir à partir de cet instant ! ».

Pilote en Formule Renault

Comme il est aisé de l’imaginer, une vocation allait forcément naître de ces belles rencontres. Après six ans de karting, Pascal débute en Formule Renault en 1982 sur l’ancienne monoplace d’Hervé Delaunay (lire par ailleurs, ndla). « La première année, mon seul titre de gloire fut de me qualifier pour la course du championnat au Mans. Là-dessus, j’ai commis une grosse erreur en refusant un contrat BP, qui relevait d’un deal un peu… particulier. Je suis malgré tout reparti pour une deuxième saison en faisant équipe avec Christophe Bodin (le Volant ACO Gitanes 1981, ndla). Lui m’a alors vraiment appris à aller vite ».

Contre toute attente, la carrière de pilote de Pascal Bueno ne se poursuivra pas beaucoup plus loin. Après une demi-saison de Formule Ford en 1984, il quitte sa Normandie natale en acceptant la proposition du même Christophe Bodin de le rejoindre à Lédenon. «Il y gérait une école de pilotage et m’avait promis qu’il y faisait toujours beau. Alors je suis descendu pour faire tantôt le moniteur, tantôt le mécano. Il n’était plus question de courir. J’étais décidé à faire du sport auto mon outil de travail ».

En de rares occasions, l’ami Bueno se coiffera malgré tout d’un casque par la suite, comme lors du Formule Ford Festival de Brands Hatch en 1991, ou en Formule Renault l’année suivante. «Là, je me suis rendu compte que je n’avais plus le feu sacré pour piloter et, surtout, j’avais découvert entre temps qu’il était encore plus passionnant de faire gagner les autres ».

La décennie Palmyr

Fin 1986, l’école de pilotage qui l’emploie abaisse le rideau. Ce sera l’opportunité pour Pascal de démarrer une activé qui perdure encore aujourd’hui. Par le fruit d’une rencontre cruciale avec Michel Delannoy, il crée l’école Palmyr sur ce même circuit de Lédenon, puis en devient l’unique gestionnaire un an plus tard. « Sans Michel, je n’aurais surement pas osé me lancer seul. Dès le départ, nous avons racheté des Formule Ford à Jim Russel en nous inspirant de ce que lui-même effectuait dans son école en Angleterre. L’idée novatrice était de proposer des stages brefs de prise de contact. Puis, afin de pouvoir offrir une possibilité de progression à nos élèves, nous avons eu ensuite des Formule Renault, des F3 et même une F3000 ex Frentzen la dernière année. Là, c’était tout de même un peu limite ! ».

En marge de l’activé de l’école, un team de course voit immédiatement le jour à Lédenon. Kosma Zarazik en sera le premier pilote, avant de rejoindre l’école comme moniteur, puis de racheter celle-ci dix ans plus tard…

Dans ce laps de temps, d’innombrables pilotes incorporeront le team Palmyr pour faire leurs preuves dans un championnat de France alors en plein essor. Jean-Baptise Emeric, Jean-Philippe Haouza, Christophe Berta, Franck Guibbert (le père d’Enzo), Richard Balandras, Grégory Fargier, Pascal Hernandez et tant d’autres en seront… «Il était tout de même difficile de lutter contre des écuries comme le Graff avec de bien plus faibles moyens. Il n’y a guère que la dernière année où nous avons disposé d’un budget confortable pour faire rouler Damien Bianchi et Cyril Prunet, sans doute le plus doué des pilotes qu’il m’est été donné d’avoir ! ».

Paradoxalement, c’est au terme de sa meilleure saison, qui voit ses deux pilotes gravir le podium final du championnat de France, que Pascal clôt l’aventure Palmyr en passant la main à Kosma Zarazik. « Je commençais à mal dormir. Les résultats étaient là, mais les soucis prenaient le pas sur le plaisir de les obtenir…», justifie l’intéressé.

Place au team Sirius

Le chapitre Palmyr refermé, Pascal Bueno n’aura guère le temps de souffler. Dès l’année suivante, le team Sirius voit le jour de manière à encadrer en Formule Ford une ancienne élève de l’école : Sandrine Nahon. A la jeune fille, suivront, là encore, de nombreux pilotes de talents, à commencer par Dino Lunardi et Romain Ianetta, lequel offrira à Sirius un titre de vice-champion en 2002, « avec un budget de misère ». Dixit Pascal Bueno. Durant cette période, ce dernier s’aventurera également durant deux ans en Formule Renault, mais sans vrai succès. «Le budget pneumatique était tel, qu’il me fallait trouver en priorité des pilotes rapides comme Crésus ! ».

Sirius continuera malgré tout à briller, même si son activité sera mise plus ou moins mise en veille de 2006 à 2012. Une période durant laquelle notre Gardois d’adoption s’investit dans un nouveau rôle de formateur à l’IEMS, où étudient de futurs mécaniciens de compétition. « Cela a été une belle expérience. L’école était de bon niveau et j’avais affaire à des jeunes hyper motivés, auxquels je m’occupais également de trouver des stages dans le milieu de la course ».

Cette parenthèse lui offrira l’occasion de croiser le chemin d’Eric Lukes, le papa de Nelson, sur lequel il veille cette année en F3 Classic avec une éclatante réussite. Parallèlement, le team Sirius est resté fidèle à la Formule Ford, en mode historique cette fois, en s’occupant de la Mc Namara de Régis Prévost, tout en proposant cinq monoplaces différentes à la location, auxquelles s’ajoutera bientôt un proto Sport 2000.

Resté à Lédenon - « Bodin avait raison, il y fait toujours beau ! » - Pascal Bueno tente désormais d’y insuffler une nouvelle dynamique à son écurie. Et cela, sans jamais se détourner des valeurs humaines et de fidélité qui le guident. Le mini staff de deux mécanos qu’il déploie sur les circuits en donne la mesure : L’un, José, est à ses côtés depuis la création de Palmyr, tandis que l’autre, David, « …Est un p’tit nouveau. Cela ne fait que 20 ans qu’il est avec moi ! ».

TRAJECTOIRE

Né le 25 Septembre 1958 au Petit Quevilly

Réside à Lédenon (Gard)

1982 : Débuts comme pilote en Formule Renault

1983 : Formule Renault

1984 : Demi-saison de Formule Ford, puis installation dans le Gard

1987 : Création de l’école de pilotage Palmyr et du team en Formule Ford

1996 : Revente de Palmyr

1997 : Création du team Sirius Compétition en Formule Renault et Formule Ford. Poursuite de l’activité jusqu’à aujourd’hui

2006 à 2012 : Formateur à l’iEMS

2015 : A travers le team Sirius, présent en F3 Classic, Formule Ford Kent et Historic

 

Hervé Delaunay : « Pascal, c’est un peu mon deuxième frangin ! »

« Si tu publies une photo de moi, veille à ce qu’elle ne fasse pas d’ombre à celles de Pascal. Ce serait dommage qu’on se fâche pour çà ! ». Hervé Delaunay a le clin d’œil facile quand il s’agit pour lui d’évoquer la solide amitié qui le lie à Pascal Bueno depuis l’aube des années 80.

« Notre première rencontre date exactement de l’hiver 82. Nous habitions à deux pas l’un de l’autre en Normandie et sur les conseils de Francis Bodin, il était venu m’acheter ma Formule Renault », se souvient ce grand expert de la restauration de monoplaces et de protos, toujours pilote à ses heures. «Comme ses parents n’étaient pas trop favorable à l’idée de le voir courir, l’auto était restée chez moi. Si bien que j’avais Pascal à la maison tous les dimanches. Ensuite il s’est expatrié dans le Sud, mais nous ne nous sommes pas perdus de vue pour autant, bien au contraire».

Outre les péripéties peu avouables partagées lors des débuts de la Formule Ford dans l’hexagone, les deux hommes ont souvent fait cause commune par la suite ; Hervé en pilote, Pascal en patron de team. « La première fois, c’était à Rouen en 1989. Je lui avais loué une Van Diemen de Formule Ford, alors que je roulais parallèlement en Supertourisme. Et cela s’est terminé par un énorme carton ! Ensuite, tout en l’aidant au mieux au niveau de son team, j’ai très longtemps disputé au moins une course chez lui par an ».

En cela n’a rien d’une histoire révolue. En Juin dernier, les deux larrons ont renoué avec cette ancienne habitude à l’Historic Tour de Charade, quand Hervé Delaunay a ressorti sa combinaison pour aller se glisser dans la Formule Ford Zetec de son copain.

Plus qu’un copain d’ailleurs… «En fait, c’est un peu mon deuxième frangin. Il ne se passe pas une semaine sans que nous prenions des nouvelles l’un de l’autre ». confesse le moustachu normand, avant de rebondir sur une énième pirouette. « Il ne cesse de répéter qu’il me doit tout, mais c’est bien évidemment faux ! ».

Frise chronologique

A : 1982 : Sans complexes, Pascal débute sa courte carrière de pilote sur une Martini MK20 de Formule Renault

B : Mars 1987 ; Pascal Bueno et Michel Delannoy s’associent pour créer l’école et le team Palmyr

C : 1990 en Formule Renault : l’une des dernières apparitions du Bueno pilote

D ; Au cours des années 90, les pilotes se succèdent dans les baquets des Formule Ford Palmyr. Ici Fabrice Connen, aujourd’hui responsable de l’agence photos Dppi.

E : A l’aube des années 2000, Palmyr s’engage également en Formule Renault

F : Le team obtient son meilleur résultat en Formule Ford en 1996 avec Cyril Prunet. Pascal le quittera l’année suivante

G : Sous les couleurs de Sirius Compétition, l’ami Bueno obtient un nouveau titre de vice-champion de Formule Ford en 2002 grâce à Romain Lanetta.

H : 2006-2012 : Pascal Bueno passe en mode prof à l’IEMS

I : L’un des derniers gros coups du team Sirius ; la victoire de Xavier Michel au Formule Ford Festival de Brands Hatch fin 2012